En salles depuis le 18 mars, Précieuse(s) donne à voir la relecture des Précieuses ridicules de Molière par des lycéen·ne·s et leur professeure de théâtre. Rencontre avec Fanny Guiard-Norel, la réalisatrice romainvilloise de ce documentaire lumineux.
Catégorie : Culture
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Comment est né « Précieuse(s) » ?
Fanny Guiard Norel : Cécile Roy-Fleury, professeure de français au lycée Jacques-Decour à Paris et sœur d’une très bonne amie, préparait une mise en scène des Précieuses ridicules de Molière relue à travers le prisme du féminisme, car certain·e·s de ses élèves avaient beaucoup travaillé sur la notion de patriarcat. Sa démarche entrait en résonance directe avec mes questionnements sur la place de la femme dans les œuvres de répertoire. Elle a accepté que je vienne observer son atelier avec l’idée d’en faire un film. Le projet est né ainsi, porté par une énergie collective.
Molière était-il misogyne ?
F.G.N. : Il a accordé une vraie place aux femmes dans son théâtre, ce qui était courageux. Mais c’était aussi un homme marqué par les mentalités de son temps. Se moquer des femmes érudites dans les Précieuses ridicules, ou les Femmes savantes, était sans doute une facilité comique. L’idée du projet, ce n’était pas de tuer Molière, mais plutôt de jouer avec lui, trouver un équilibre entre héritage et regard critique. Ainsi, Cécile Roy-Fleury a laissé ses élèves improviser autour de la pièce. Elle a ensuite mis en forme, tout en restant fidèle avec leurs intentions. C’est un vrai travail de co-écriture.
Votre film dresse le portrait sensible de Cécile Roy-Fleury…
F.G.N. : Je me reconnais beaucoup en elle. Comme beaucoup de femmes, elle a du mal à trouver sa place. Elle a dû perdre une partie d’elle-même pour s’autoriser à écrire. Un handicap, dont elle ne parle pas à ses élèves. Beaucoup ont été surpris en découvrant le film. La relation qu’elle a avec ses élèves est magnifique. Certain·e·s d’entre elles et eux disent qu’elle a changé leur vie. Elles et ils apprennent d’elle mais elles et ils l’aident aussi à évoluer, à prendre confiance. C’est une transmission mutuelle.
Vous filmez avec énergie les répétitions et posez la caméra quand les élèves rencontrent trois intervenantes…
F.G.N. : Pression familiale, vêtements, liberté d’expression, inégalités femmes-hommes, la sous-représentation des autrices de théâtre : tous ces thèmes sont abordés avec la chercheuse Myriam Dufour-Maître, la comédienne Noémie Delattre, une amie, et l’autrice Agathe Charnet, qui apportent un regard universitaire, militant ou artistique. Ils font écho aux combats des « précieuses » d’autrefois : des femmes qui cherchaient déjà un accès à la culture mais dont la parole a été effacée de l’Histoire.
Vos projets ?
F.G.N. : Je prépare l’ouverture de mon cabinet de psychanalyse. Et je suis devenue coordinatrice d’intimité (à savoir chorégraphier précisément les scènes intimes entre comédien·ne·s, ndlr), au cinéma et au théâtre. Si c’est de plus en plus courant sur les tournages, ça l’est beaucoup moins dans le spectacle vivant. Une bulle de sécurité que les artistes, et les femmes notamment, apprécient beaucoup.
