Ce jeudi 26 février, Nadia Melliti, originaire du quartier Gagarine, a remporté le César du Meilleur espoir féminin pour son rôle dans "La Petite Dernière" d’Hafsia Herzi. Retrouvez l’interview qu’elle avait accordée au mag’ de Romainville, publiée en novembre 2025.

Catégorie : Culture

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Entretien paru dans le Mag de novembre 2025

« Il faut accepter l’autre dans sa différence »

Habitante de Gagarine, Nadia Melliti a remporté le prix d’interprétation féminine lors du festival de Cannes 2025, grâce à sa performance dans La Petite dernière, le 3e long métrage d’Hafsia Herzi, en salles depuis le 22 octobre. Rencontre avec la jeune actrice, qui garde les pieds sur terre.


Ce prix d’interprétation au festival de Cannes pour votre premier film, c’est grisant
?

Nadia Melliti : C’est une joie et une fierté immenses. Ce prix récompense aussi Hafsia Herzi, la réalisatrice, qui a rencontré des difficultés pour financer le film. D’ailleurs, si celle-ci me demande de travailler à nouveau avec elle, c’est 100 fois oui ! Ce prix est une source de motivation mais une petite pression aussi pour la suite. J’ai envie de faire d’autres films. J’étudie les propositions que je reçois.

J’ai un autre défi : valider mon année L3 à Bobigny et passer le concours STAPS (professeur de sport). Il n’est pas question que je laisse tomber mes études.


Vous incarnez une jeune femme qui découvre son homosexualité
: en quoi ce personnage vous touche ?

NM : Elle pourrait tout dire à sa famille qui est bienveillante mais elle a trop peur du rejet. Elle va vivre une double émancipation sexuelle et sociale. Issu d’un milieu modeste, elle intègre une fac de philo, où elle rencontre des étudiant·e·s très loin de son milieu. Elle se libère mais souffre également. J’ai rencontré Fatima Daas, l’autrice de l’autofiction qui sert de base au scénario. Je lui ai volé sa façon de s’habiller, ses expressions, sa façon de tirer une chaise par exemple. Les scènes avec mon incroyable maman de cinéma ont été les plus compliquées. Il y avait un trop plein d’émotion. J’espère que le film ouvrira un dialogue. Car je suis partisane d’une société qui accepte l’autre dans sa différence. J’espère présenter le film au cinéma le Trianon.


Vous vivez à Gagarine
: comment vous sentez-vous à Romainville ?

NM : C’est une chouette ville, qui se transforme. En particulier Gagarine, un quartier cher à mon cœur. Parce que j’y ai passé des heures, j’étais un peu déçue de voir disparaître le terrain de basket, et le terrain de foot où l’on a construit l’école Maryse Bastié.

L’architecture de cette école, où ma petite sœur a été scolarisée, est très belle ! C’est à Gagarine que tout a commencé pour moi, dans le football, ma passion, à jouer avec mes copains plus âgés que moi. J’ai eu la chance d’avoir une trajectoire différente de celles de certains de mes camarades au destin tragique… Je suis allée à l’école Gabriel Péri puis à Marcel Cachin et enfin au collège Pierre André-Houël. J’ai eu des super profs.


Vous vouliez être joueuse de football professionnelle…

NM : Oui mais je me suis blessée (au club de Saint-Maur 94, après avoir évolué en U19 au PSG, NDLR). Mes profs, qui me voyaient agitée en classe, et les voisin·e·s ont fini par convaincre ma mère, réticente, de m’inscrire en club. J’ai joué avec des personnes qui doutaient de mes capacités, parce que j’étais une fille. Même à l’école primaire, des camarades de classe me disaient : « t’es un garçon, tu joues au foot, on ne veut pas jouer avec toi ».

Mon histoire a commencé en luttant contre les normes. Cet esprit combatif, je le mets aujourd’hui à l’épreuve au cinéma, qui comme le sport, est un univers de compétition, de dépassement de soi, de préparation physique et mentale.